Saladin, en arabe Yûsuf Salâh- al-Din, nom et surnom que
l'on pourrait traduire par "Joseph, le
restaurateur de la religion", est né en 1138 dans une
famille d'origine Kurde à Takrit. Son père avait
été nommé par le calife de Bagdad gouverneur militaire de
cette forteresse de haute Mésopotamie. Il
suivit ensuite sa famille lorsque celle-ci passa au service
des princes de Syrie. Dans sa jeunesse il
semble avoir été attiré par la vie mystique et que seul
l'urgence du combat a mener contre les Francs
l'avait détourné des voies de la piété et de l'ascétisme.
Lorsque Saladin apparait dans l'Histoire, il a 26 ans et
participe aux cotés de son oncle Sirkûh à une
campagne en Egypte. L'ascension de Saladin trouve son
origine dans la situation politique et
militaire de l'Egypte : les califies fatimides qui règnent
au Caire depuis 969 ont beaucoup perdu de
leur puissance, les caisses sont vides et les vizirs sont
les maîtres.
Entre 1164 et 1171, s'engage une course à trois dont l'enjeu
est la possession de l'Egypte :
Shâwar,
le vizir qui vient d'être déchu cherche à retrouver et à garder le pouvoir perdu, Amaury,
le roi de Jérusalem, qui lance à 3 reprises une expédition dans le delta du Nil, et
Nur-al-Din, le prince de Syrie, trop heureux de répondre aux appels à l'aide de Shâwar en
envoyant une armée dirigé par l'oncle
Sirkûh, pour l'aider à retrouver son poste et lutter contre
Amaury.
Sirkûh est un chef militaire kurde dans une armée du XII ème
siècle formée de Kurdes et de Turcs,
mais Nur-al-Din l'a distingué pour sa bravoure. Il sait
alors profiter de ses expéditions en Syrie pour
prendre de solide contact avec la population et se présenter comme le sauveur de l'Islam face
aux Francs, pour aussi affirmer son indépendance à l'égard du
prince, et pour obtenir le soutien du calife de Bagdad.
En 1168, il est assez puissant pour faire exécuter Shâwar et
le 13 janvier1169 devenir vizir. Lorsqu'il
meurt deux mois plus tard, c'est son neveu Saladin qui est désigné
comme commandant en chef par
l'armée de Syrie cantonnée en Egypte et comme nouveau vizir
par le calife. Ainsi lorsque le calife
meurt au Caire le 13 septembre 1171, Saladin reste seul
maître de l'Egypte.
Lorsque Nur-al-Din meurt à son tour en 1174, celui-çi laisse
un jeune fils de 11 ans que Saladin
reconnait comme nouveau prince. Mais il recoit aussi
l'investiture du calife de Bagdad et n'hésite
pas, une fois obtenu le gouvernement de Damas de prendre à
plusieurs reprises les armes contre les
successeurs de Nur-al-Din, mais il lui faut 10 ans pour
obtenir la reddition de la forteresse
d'Alep et
la soumission du prince de Mossoul.
Dès 1177, Saladin engage, en effet, les hostilités contre le
Royaume de Jérusalem, mais son armée est mise en déroute par celle de Baudouin IV à Montgisart,
près de Ramla. Et pendant les années suivantes, les combats peu nombreux et qui visent surtout à
prendre les chateaux francs de
Transjordanie et à maintenir libres les relations entre
l'Egypte et la Syrie, alternent avec les périodes
de trèves.
En 1187, Saladin qui règne en maître sur l'Egypte et la
Syrie, engage le combat décisif contre les Francs. Le prétexte est connu, la violation par Renaud de
Chatillon, de la trève conclue 2 ans
auparavant. Saladin rassemble une puissante armée qui rencontre le 4
juillet 1187 à Hattin les forces
chretiennes. La légère supériorité des musulmans et surtout
les erreurs tactiques des francs font la
victoire facile pour Saladin. Hormis Raymond III de Tripoli
et quelques barons s'échappent.
Saladin fait massacrer Renaud de Chatillon, les Templiers,
les Hospitaliers, les auxilaires ou
turcopoles considérés comme rénégats, mais traite avec une
générosité devenue légendaire le roi
Guy de Lusignan. Le royaume est sans défense et le 2 octobre
1187 c'est l'entrée à Jérusalem après 12 jours de siège. Le sultan magnanime evite de renouveler
le bain de sang de la reconquète
musulmane lors de la 1 ère croisade. Saladin se retourne
alors contre Tyr, les habitants résistent et le
Sultan se retire.
Mais la prise de Jérusalem declenche en Europe la 3 ème
croisade et le 12juillet <st1:metricconverter productid="1191 Acre" w:st="on">1191
Acre</st1:metricconverter> est
repris par les Croisés sous la direction de Philippe Auguste
et de Richard Coeur de Lion, mais
celui-çi pressé de rentrer en Angleterre négocie une paix
avec le souverain arabe. Saladin montre
alors toutes ses qualités de négociateur, les Francs ne
conserveront que l'ancien royaume de
Jérusalem, la bande cotière de Tyr à Jaffa
<o:p></o:p>Mais sa légende ne se formera, en Europe qu'au cours du XIII
è siècle
sa mère était, soi-disant, la fille du comte
de Ponthieu, cette appartenance à la noblesse
franque expliquerait sa générosité, sa bravoure et sa
loyauté;
il se serait même fait chrétien sur son lit de
mort.
Tout est faux, mais tellement ancré dans les esprits
européens qu'en 1920 lors de la prise de Damas
par les troupes françaises,
le général Gouraud se rend sur sa tombe et déclare:
"Nous voiçi de
retour, Monsieur le Sultan".
Pour l'Islam il est néanmoins une figure importante: il est
celui qui a triomphé de cette première
agression de L'Europe que représentent la croisade aux yeux
des Arabes.